Notre projet associatif vise à transformer le regard porté par la société française sur ses banlieues populaires. Dans le cas spécifique de la cité Émile-Dubois, il s’agissait de déconstruire un certain nombre de clichés associés aux HLM qui méconnaissent les évolutions historiques du peuplement de l’habitat social, mais aussi nuancer l’opposition entre un supposé « âge d’or » associé aux Trente glorieuses et la situation actuelle marquée par la dégradation du bâti et la destruction prévue d’une grande partie de la cité.
Deux parcours de visite étaient proposés :
- le premier reposait sur la reconstitution totale d’un appartement habité par les Croisille, une famille d’ouvriers d’ascendances corrézienne et polonaise, au moment d’un événement marquant de leur vie, en 1967 ;
- le second mettait en scène l’enquête historique portant sur trois familles (Marie, Di Méo et Soukouna) ayant résidé dans la même cage d’escalier entre 1957 et les années 2000 et quant à elle issues de migrations normande, italienne et malienne. La scénographie s’appuyait sur des reconstitutions partielles autour de pans de murs associant objets d’époque et reproductions d’archives.
Deux appartements reconstitués en suivant des scénographies différentes.
Animée par des guides-médiateur·rices, l’immersion dans le logement permettait d’aborder une multitude de thématiques comme l’histoire du travail (industrialisation, tertiarisation), celle des rapports de genres et de générations, les parcours migratoires et résidentiels dont l’accès au logement social constitue une étape essentielle, l’histoire des pratiques culturelles dans une société de consommation en cours de développement.
L’une des spécificités de l’exposition était de raconter les histoires d’habitant·es d’une cité HLM sur plus d’un demi-siècle au milieu des habitant·es actuel·les de la cité Émile-Dubois. Ce contexte était à la fois porteur d’opportunités pour les visiteur·ses de poursuivre la réflexion en échangeant avec les voisin·es après leur visite mais aussi pour la construction de l’exposition en enrichissant la connaissance des lieux par des témoignages ou des dons d’objets. Afin d’éviter tout effet « voyeuriste » qui pouvait être associé à la démarche immersive, le travail de médiation auprès des habitant·es a été un enjeu constant tout au long de la préparation et de l’exploitation de l’exposition.
Recherches et médiations autour de l’exposition « La Vie HLM »
Au terme des neuf mois d’ouverture, l’exposition s’est conclue sur un bilan très positif en ayant attiré près de 6000 visiteur·ses dont la moitié de publics scolaires et étudiants, principalement issus de Seine-Saint-Denis mais aussi de Paris, du reste de la France et de l’étranger. L’exposition a bénéficié en outre d’une couverture médiatique importante, relayée par France inter, France culture, France bleu, France 3, Arte, Le Parisien, Le Monde, Télérama, la RTBF, etc. traduisant l’intérêt des médias et du public pour une histoire par le bas trop méconnue et pourtant essentielle à la compréhension de l’histoire de la France contemporaine.
