En Seine-Saint-Denis, la mise en œuvre du projet urbain du Grand Paris mène à des réaménagements conséquents et à un effacement progressif des traces du passé des banlieues populaires. Leur histoire, intimement liée à l’industrialisation et aux migrations, est souvent méconnue et encombrée de stéréotypes négatifs omniprésents dans les médias.
Renverser cette stigmatisation ancienne et pesante est une ambition centrale de nos actions. Nous croyons fermement aux leviers que représentent la démarche d’enquête micro-historique, la recherche participative et la mise en récit des expériences populaires au cœur même des quartiers.
Reconsidérer l’histoire depuis des territoires stigmatisés
Au fil de nos pratiques d’enseignant·es, de nos recherches et de nos expériences de médiation consacrées au patrimoine populaire, nous avons tissé des liens étroits avec la banlieue nord de Paris.
Notre projet se fonde sur une hypothèse : les préjugés et les discriminations qui touchent ce territoire reposent en partie sur la méconnaissance et des représentations projetées de l’extérieur, sans égard pour le vécu de ses habitant·es. Plus encore, à l’heure où le nationalisme d’extrême droite investit le divertissement historique pour diffuser une vision faussée de l’histoire, nous sommes convaincus de la nécessité d’un engagement citoyen et scientifique, tout à la fois implanté localement et capable de faire entendre au plus grand nombre une histoire où les banlieues populaires ont toute leur place.
Par sa forme associative et bénévole, intégrée dans le voisinage des quartiers où nous agissons, notre démarche se veut résolument participative. Elle se déploie au plus près des territoires et en dehors des cadres habituels de la recherche académique tout en cherchant à favoriser les liens entre les habitant·es, les laboratoires de recherche, les lieux d’éducation et les institutions culturelles.
Les patrimoines populaires au cœur de l’enquête micro-historique
Nous envisageons notre présence in situ comme une opportunité d’enquête en histoire permettant de croiser le dépouillement minutieux des archives, l’enregistrement des témoignages oraux, la collecte des traces matérielles du passé et le croisement des savoirs avec les habitant·es. En partant du logement, c’est toute la diversité de la population des banlieues populaires que nous considérons : femmes et hommes, enfants et personnes âgées, « jeunes de cités » et travailleur·ses de toutes les époques.
La démarche micro-historique, centrée sur la reconstitution dense des histoires individuelles et familiales, permet de redonner une centralité à ces territoires considérés comme périphériques. Par les trajectoires migratoires, résidentielles et professionnelles des habitant·es, ce sont en effet toutes les dynamiques sociales de la France contemporaine qui se donnent à comprendre.
Se placer au cœur des quartiers et porter l’exigence d’enquêtes participatives, c’est aussi tenter de dévier le cours « normal » de la patrimonialisation habituellement associée à la rénovation urbaine, voire à la gentrification des quartiers populaires. À l’inverse de récits figés nourris d’un regard nostalgique, nous concevons le patrimoine comme un processus à problématiser et à soumettre au débat démocratique.
Passés et présents populaires en échos
Ancienne banlieue ouvrière et demeurant une centralité populaire dans la métropole parisienne, le territoire de Plaine Commune, reconnu Territoire de la Culture et de la Création, représente à la fois pour nous un terrain d’enquête et d’expériences, mais aussi une formidable opportunité pour cultiver et questionner les échos entre passés et présents populaires.
C’est la valeur particulière de cet espace qui en fait un haut lieu de la reconnaissance des banlieues populaires au sein du récit commun. Nous voyons dans cette reconnaissance un facteur de justice et d’émancipation collective.
C’est aussi un objectif concret : le recrutement et la formation de guides-médiateur·rices issu·es du territoire. Cette démarche d’insertion professionnelle apparaît féconde pour mettre en dialogue les problématiques du passé, les expériences d’habitant·es et les enjeux sociaux présents et futurs.
Aperçus de nos enquêtes et activités scientifiques
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2024-2025 – « 4000 vies ! Histoires vécues » (La Courneuve)
Avec ce projet, nous avons retracé l’histoire et recueilli en vidéo la mémoire habitante du Mail de Fontenay, immeuble destiné à la destruction au sein de l’emblématique cité des 4000 de la Courneuve.Découvrir -
2020-… – Cité des 800 Émile-Dubois (Aubervilliers) : une enquête au long cours
Depuis la préparation de l’exposition « La vie HLM » jusqu’à aujourd’hui, notre présence au sein de la cité des 800 nous amène à confronter les sources publiques et privées, orales comme matérielles. -
2018-2019 – « Qui habitait là ? » (Saint-Denis)
Pour cette première enquête micro-historique devenue une balade, nous avons conviés nos visiteur·euses dans trois logements du centre de Saint-Denis à la découverte de l’histoire de leurs habitant·es.